Visite d’État en Afrique du Sud de François Hollande

Relations bilatérales - République Centrafricaine - Conférence de presse conjointe de François Hollande, avec son homologue sud-africain - Propos de François Hollande

Pretoria, le 14 octobre 2013

"(...)


Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs. C’est avec émotion que j’effectue cette première visite d’État en Afrique du Sud. Car ce grand pays évoque la lutte pour la liberté et la dignité humaine. La France a été à ses côtés pendant toutes les années d’oppression. Elle est encore à ses côtés pour les années de développement qui s’ouvrent lui.

Émotion aussi parce que l’Afrique du Sud est un pays qui réussit à être un modèle de réconciliation. Avec le président Zuma, nous partageons une même vision des relations internationales et du destin du monde. Une vision de progrès.

Nos deux pays, France et Afrique du Sud, avaient bâti un partenariat stratégique dès 1994, il y a 20 ans. C’était entre le président Mandela et le président Mitterrand. Aujourd’hui, il nous revient d’ouvrir une nouvelle phase. C’est ce que nous avons fait aujourd’hui. J’ai conscience que l’Afrique du Sud est un pays qui émerge sur le plan économique et qui revendique, à juste raison, un rôle dans le concert des nations. La France est disponible pour être l’un de ses principaux partenaires.

Nous le démontrons à travers les accords que nous venons de signer. D’abord en matière de transport, ALSTOM va conclure avec PRASA, qui est l’équivalent de la SNCF, un contrat de plus de 4 milliards d’euros. C’est le plus gros contrat signé ces dernières années entre la France et l’Afrique du Sud. ALSTOM fournira 3 600 wagons à PRASA. Une grande partie sera réalisée ici-même, en Afrique du Sud, avec la création de plusieurs milliers d’emplois directs et indirects.

Il y aura également des retombées importantes pour les sites d’ALSTOM en France. Nous allons mettre en place une formation des techniciens sud-africains, aussi bien ici, dans leur pays, qu’en France si cela est nécessaire. C’est un bel exemple de partenariat avec une commune volonté de partager la technologie, de partager les emplois et de partager une même ambition en matière de transport.

Autre exemple de ce partenariat nouveau, l’accord qui a été signé entre GDF SUEZ et l’Afrique du Sud pour des centrales thermiques à hauteur d’un milliard six cent millions. Si je veux poursuivre dans cette illustration, il y aura également une centrale solaire qui sera réalisée en commun grâce au financement de l’AFD.

Partenariat également exceptionnel en matière agricole, puisque - vous y avez pris part à l’instant - il y a eu cette cérémonie de signature entre les deux ministres de l’Agriculture pour un Institut franco-sud-africain agricole. C’est, là encore, une même conception qui nous anime, de la sécurité alimentaire, de la qualité de l’alimentation, de la lutte contre la volatilité des prix en matière agricole.

Partenariat encore exceptionnel sur le plan culturel. Le président Zuma a évoqué les saisons : la saison française en Afrique du Sud qui a lieu en 2012 et la saison sud-africaine en France qui verra 250 évènements se produire. Le dernier étant prévu au mois de décembre. Nous avons voulu aussi, ensemble, montrer que nous pouvions agir pour les autres en matière culturelle. C’est l’accord que nous avons passé pour la préservation des manuscrits de Tombouctou, puisque l’Afrique du Sud avait contribué à moderniser le centre Ahmed Baba, qui a été, vous le savez, très abîmé par les terroristes.

J’ai voulu pour cette visite montrer l’attachement de la France à un travail de mémoire. Il y aura la restauration des archives sonores du procès de Rivonia qui, vous vous en souvenez, avait conduit à la condamnation à la prison à vie de Nelson Mandela et de ses neuf co-accusés. C’est, à travers cette réhabilitation des archives aussi, une manière pour la France d’entretenir la mémoire du combat contre l’apartheid.

La France et l’Afrique du Sud partagent enfin une même conception de la sécurité sur le continent africain. Je l’avais dit, c’était à Dakar, la sécurité des Africains appartient aux Africains. Ce sont eux qui ont à la mettre en oeuvre avec leur organisation, l’Union africaine, et avec les organisations régionales qui en ont la compétence. Mais ce que la France peut faire, c’est accompagner, former, encadrer et c’est ce que nous proposons à travers le sommet qui se tiendra, à la fin de l’année, à Paris et auquel le président Zuma a bien voulu répondre positivement quant à l’invitation qu’il avait reçue. J’y suis très sensible parce que, sur les principaux sujets du continent africain, l’Afrique du Sud et la France ont la même approche.

Ainsi, je salue ce que fait l’Afrique du Sud en République démocratique du Congo, notamment par sa présence au sein de la nouvelle brigade d’intervention de la force de l’ONU. Je remercie également les efforts de l’Afrique du Sud, dans le cadre de la SACD pour parvenir enfin à des élections à Madagascar. Sur la situation en République centrafricaine, nous avons ensemble pensé qu’il y avait une nécessité de mobiliser l’Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations unies pour constituer une force permettant de retrouver, pour ce pays, la stabilité et la sécurité. Enfin, je n’oublie pas le soutien que le président Zuma m’avait apporté lors de la décision que j’avais prise d’intervenir au Mali. Encore aujourd’hui, nous avons sur le Sahel la même vigilance par rapport à la résurgence d’actes terroristes.

Je veux terminer sur les dossiers internationaux. Nous les avons évoqués et là encore nous avons une grande convergence. Je ne parle pas simplement des dossiers concernant la Syrie, l’Iran ou la destruction des armes chimiques, la lutte contre la prolifération nucléaire. Je parle également de la volonté qui nous anime de faire aboutir la conférence sur le climat - ce sera le rendez-vous de 2015. De même, nous avons la même volonté au G20. Nous nous concertons d’ailleurs avant chacune de ses réunions pour mieux réguler l’économie, lutter contre la fraude fiscale et faire en sorte que nous puissions avoir une autre approche du développement.

La France et l’Afrique du Sud sont deux puissances qui ont vocation à s’exprimer pour le monde et dans le monde, à apporter des valeurs, des principes, mais également le souci de pouvoir trouver une réponse aux grands conflits qui, hélas, continuent d’ensanglanter la planète. Nous avons le souvenir de nos combats passés, côte à côte.

Je ne peux oublier Nelson Mandela. J’ai une pensée pour lui en cet instant, pour sa famille, pour ses proches, pour ses camarades de lutte. Lorsque se terminera cette conférence de presse, le président Zuma et moi-même nous nous rendrons à Freedom Park pour nous recueillir et saluer la mémoire de tous les militants qui ont lutté pour la liberté en Afrique du Sud. La liberté, la dignité humaine, la lutte contre le racisme, ce sont des valeurs qui valent partout dans le monde et qui, ici, trouvent un écho particulier. D’où l’émotion que je ressentais pour cette visite d’État.

Q - Le commerce entre vos deux pays se fait mais on pourrait faire plus, puisqu’il est déséquilibré pour le moment en faveur de la France. Que faites-vous pour changer la situation. La France était jadis accusée d’intervenir dans les affaires de l’Afrique. Est-ce qu’elle change cette attitude maintenant ?

(...)

R - M’accompagnent dans cette visite de nombreux chefs d’entreprise français de toute taille et dans de nombreux domaines.

L’enjeu, c’est non seulement d’augmenter nos échanges, d’acheter et de vendre. Mais également d’implanter des entreprises françaises, ici, en Afrique du Sud de façon à ce qu’il puisse y avoir ce rééquilibrage que vous souhaitez.

Dans les accords que nous avons passés aujourd’hui, il s’agit d’emplois qui vont se faire en Afrique du Sud. De jeunes qui vont être employés par ces entreprises en Afrique du Sud et pour l’Afrique du Sud.

C’est l’ambition qu’a le président Zuma de faire en sorte que les grands projets d’infrastructures, que les grands programmes qui sont lancés puissent également permettre l’inclusion de toute la population d’Afrique du Sud et qu’il y ait un rattrapage y compris en Afrique du Sud.

Nous avons une conception de partenariat qui est équilibrée et qui respecte profondément les choix de l’Afrique du Sud.

Sur notre politique à l’égard de l’Afrique - je l’ai redit au président Zuma - la France ne distingue pas les pays africains selon les langues qui sont utilisées, selon l’histoire. La France considère tous les pays africains avec le même respect et les mêmes principes. La France est également attentive à ce que l’Union africaine soit l’organe légitime pour déterminer l’avenir du continent.

Enfin, quand elle est appelée à intervenir, c’est parce que les pays africains eux-mêmes l’ont souhaité dans le cadre d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. C’est ce que nous avons fait pour le Mali. Pour la Centrafrique, nous y sommes présents pour protéger nos ressortissants. Nous appuierons une force africaine, parce que ce seront les Africains qui rétabliront la sécurité et la stabilité de la Centrafrique.

Q - On a beaucoup parlé de la politique africaine sur le continent. Il y a une crise grave en République centrafricaine. Vous avez dit que vous avez la même vision. Est-ce que c’est une possibilité de travailler de concert ? Si oui dans quelles conditions et comment ? Peut-être une question au président Zuma à propos de la République centrafricaine. La France annonce qu’elle va envoyer plus de troupes. Qu’en pense l’Afrique du Sud ?

(...)

En Centrafrique, il y a urgence. Urgence humanitaire, car tous les jours il y a des exactions. Urgence politique, car il n’y a plus d’État. Urgence aussi, parce que sur le plan régional, il y a un risque de débordement sans compter ce que rappelait le ministre français des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, que nous pouvons assister à des conflits religieux.

La France appuiera la force régionale qui sera constituée sous l’égide des Nations unies et avec l’appui de l’Union africaine. La France n’est pas là pour se substituer. Elle est là pour accompagner, pour appuyer, pour former. Elle est là.

Comme l’a dit le président Zuma, nous constatons que lorsqu’il y a des conflits qui surgissent, il n’y a pas immédiatement la réponse venant d’une force africaine déjà constituée. C’est ce que nous avons, hélas, pu constater au Mali et c’est ce que nous relevons encore pour la Centrafrique.

Aussi, lors de la réunion de Paris du mois de décembre, l’idée est de favoriser la constitution de forces africaines régionales pouvant intervenir au bon moment avec les décisions qui doivent être prises au niveau de l’Union africaine et des Nations unies pour permettre d’éviter des drames.

C’est une conception nouvelle de la relation entre la France et l’Afrique. La France n’a pas à être là où elle n’a pas été appelée. La France doit, avec l’Europe, encadrer, former, et parfois même, équiper ces forces régionales pour que les Africains puissent décider, eux-mêmes, de la sécurité de leur continent.

Q - Monsieur le Président Hollande, je voudrais vous poser une question à propos de la décision de l’Union africaine ce week-end sur la Cour pénale internationale. Est-ce que la France serait d’accord avec l’Union africaine pour appuyer sa demande pour que le Conseil de sécurité reporte la poursuite contre le président Keiniata et le vice-président du Kenya ? Est-ce que la France est d’accord avec la décision de l’Union africaine que les Présidents en exercice ne devraient pas devoir comparaître devant la Cour pénale internationale ou tout autre tribunal pénal international ?

R - La France est attachée à la Cour pénale internationale et ne peut accepter quelque impunité que ce soit. Maintenant que l’Union africaine veuille que les procédures soient simplifiées, qu’elles n’empêchent pas le fonctionnement des États, soit. Nous pouvons en discuter et nous le ferons. Il ne faut pas opposer les deux principes.

Le principe, c’est la justice internationale pour que les criminels puissent répondre de leurs actes. Ensuite, il y a un second principe, c’est que les États doivent être respectés. Cela ne doit pas empêcher que ceux qui ont à être entendus puissent l’être par la Cour pénale internationale. Nous en discuterons avec nos partenaires et je ne doute pas qu’avec l’Afrique du Sud, nous trouverons le bon équilibre.

(...)."

Source : site de la présidence de la République

Dernière modification : 17/10/2013

Haut de page