Une « prépa » à Luxembourg Jean-François Terral, ambassadeur de France

Il se définit comme un « vieil Européen » qui a œuvré en Pologne, au Kosovo et en Serbie, toujours muni de son instrument de prédilection : la burette d’huile. Première rencontre.

JPEG - 13.1 ko
Amba pic 229x257

Propos recueillis

par Laurence Harf

Bienvenue ! Vous êtes arrivé il y a un bon mois. Vos impressions ?

Jean-François Terral : « Je résumerais par "small is beautiful". Ce qui me frappe, c’est que c’est un pays qui marche bien et, plus encore, c’est la qualité de mes interlocuteurs. Mon expérience de vieil Européen me fait dire que les pays fondateurs sont pénétrés de l’esprit européen : ils ont la capacité, même quand on n’est pas d’accord, à faire des compromis équilibrés. C’est tout à fait ce que l’on sait faire ici.

Je citerai aussi le fabuliste : On a parfois besoin d’un plus petit que soi. »

Que dit-on du Grand-Duché en France ?

J.-F. T. : « Vu de France, c’est un pays fondateur dont la voix compte en raison de son statut de père fondateur et de la qualité de sa diplomatie.

On relève aussi son importance comme place financière et le fait que le Premier ministre soit président de l’Eurogroupe. Ce qui, dans les circonstances que nous traversons, est important.

C’est aussi un voisin avec une problématique transfrontalière. L’activité de l’ambassadeur de France s’organise autour de ces quatre caractéristiques. »

C’est votre première affectation dans un pays de l’Union européenne…Comment avez-vous vécu l’Europe dans vos précédentes affectations ?

J.-F. T. : « J’ai été numéro deux de l’ambassade à Varsovie du temps des grands changements, de 1988 à 1992. Beaucoup plus tard (2000-2003), j’ai été à Skopje, en Ancienne République yougoslave de Macédoine, avec une double compétence sur le Kosovo. Dernièrement, j’ai été ambassadeur en Serbie.

Je dirais que dans ces trois pays, l’Union européenne était en devenir. La Pologne est entrée dans l’Union, la Serbie rentrera... la Macédoine aussi.

Ce sont des terres de mission où l’Union est un acteur majeur. Les ambassadeurs en place font partie, avec la Commission européenne, d’un jeu très coordonné qui vise à baliser la route plus ou moins longue qui mènera ces pays à l’Union européenne.

Vu de l’extérieur, c’est un eldorado. Il y a un appétit d’Europe qui est très frappant. Quand on est dans l’UE, c’est une sorte de lamento généralisé. Quand vous êtes à l’extérieur, c’est la terre promise. »

Une terre promise qui en promet trop et qui fonctionne mal ?

J.-F. T. : « Quand on dit que l’Europe a du mal à fonctionner, c’est la vision de court terme. Je suis diplomate depuis 1975. On était alors 10 ou 12 et quasiment toutes les décisions devaient se prendre à l’unanimité. Tous les ans, quand on fixait les prix de la politique agricole commune, on avait une crise. Il n’y avait pas Schengen, l’euro, le pôle justice et affaires intérieures. Aucune politique commune en transports aériens, par exemple.

En prenant du recul, on voit qu’on est allé de crise en crise et ça a permis à chaque fois de faire un pas en avant. J’ai souvent conclu mes conférences sur une image : La construction européenne, c’est comme les arbres, on ne les voit pas pousser, mais ils poussent. »

Au Luxembourg, vous représentez quelque 25.000 résidents, 75.000 frontaliers et 200 sociétés françaises. Comment abordez-vous cette mission ?

J.-F. T. : « L’économie marche toute seule. Il n’y a pas besoin de tenir la main des entreprises françaises.

Les problèmes des résidents sont fondamentalement des problèmes d’état civil. Vis-à-vis d’eux, nous fonctionnons un peu comme une préfecture. C’est le consulat qui s’en occupe. Très bien, malgré des moyens limités.

Ce qui va beaucoup nous occuper dans l’année à venir, ce sont les élections présidentielles et législatives. Il y aura une grande nouveauté. Pour la première fois, nous allons élire des députés représentant les Français de l’étranger.

Quant aux frontaliers, ils s’inscrivent dans la problématique plus générale de la coopération transfrontalière. »

« booster tout ça »

Justement, où en est le dossier Belval ?

J.-F. T. : « C’est une œuvre de longue haleine qui en est, de notre côté, entièrement à ses débuts. C’est un des axes de ma mission que de booster tout ça.

Tout en étant conscient que je ne suis pas l’acteur essentiel. S’il s’agit de mettre en place du côté français un pôle universitaire et de recherche, la compétence est dans les ministères, université et centres de recherche.

S’il s’agit de créer une structure hospitalière, ce serait le ministère de la Santé, la direction régionale.

L’ambassadeur est en première ligne face aux autorités luxembourgeoises. Il peut faire avancer les choses en utilisant l’instrument de prédilection du diplomate, la burette d’huile, et mettre de l’huile dans les rouages. »

Culturellement, l’action publique française se concentre sur l’enseignement supérieur et la place du français. Avez-vous des priorités ?

J.-F. T. : « J’en vois deux. À commencer par le projet qui va regrouper le lycée Vauban et l’école primaire française à Gasperich. C’est sur les rails.

L’autre priorité, pour moi, est de relancer l’intérêt des étudiants luxembourgeois pour les universités et les hautes écoles françaises. J’en ai beaucoup parlé à Paris. Nous avons fondamentalement un problème de marketing.

Concernant les grandes écoles, il existe un système typique à la France qui passe des classes préparatoires dans les lycées après le baccalauréat. Là, il y a certainement quelque chose à mettre en place au Luxembourg. J’en ai parlé à la ministre de l’Éducation nationale qui me paraît intéressée. »

Pourquoi est-ce si important d’avoir des étudiants luxembourgeois ?

J.-F. T. : « Parce que c’est toujours utile dans un pays qui compte dans l’Union européenne d’avoir demain des décideurs, dans tous les domaines, qui sont passés par nos établissements. Avec lesquels le dialogue sera facilité. Qui nous connaissent et seront plus facilement enclins à travailler avec nous.

Pour un pays aussi proche que le Luxembourg, c’est précieux. »

Quelle image de la France voulez-vous ?

J.-F. T. : « Mais les Luxembourgeois nous connaissent parfaitement ! Si vous voulez que je leur donne une image, ce serait de montrer que les Français ne sont pas arrogants, comme on le dit, mais tout à fait simples, comme tout le monde. »

Les Luxembourgeois suivent de près l’actualité française. Quelle importance accorder à l’affaire DSK et aux tribulations préélectorales ?

J.-F. T. : « Je vais me contenter de citer un ministre français : "On en parle trop et on en parle trop vite". »

On parlait l’année passée d’une visite d’État française au Luxembourg.

J.-F. T. : « D’expérience, je dirais que les visites sont annoncées, puis le temps passe et généralement elles finissent par arriver... »

Word - 144.5 ko
Grandes écoles
(Word - 144.5 ko)

Dernière modification : 17/12/2014

Haut de page